Un bilan énergétique controversé…

Ces agrocarburants prônées par de nombreux pays devraient contribuer à limiter les émissions polluantes dans l’atmosphère. Cependant leur bilan énergétique est très controversé. 

Ainsi, les pollutions atmosphériques sont réduites en particulier en ce qui concerne les émissions d’Oxydes d’azote (NOx). Egalement les agrocarburants ne relâchent, lors de la combustion, que le carbone atmosphérique auparavant fixé à la plante par photosynthèse. Le carbone pompé est réinjecté dans l’atmosphère : le bilan carbone de la combustion proprement dite est nul. L’azote répandu est dégradé par les plantes et la flore bactérienne des sols sous forme d’un gaz, le protoxyde d’azote (N²O, oxyde nitreux). Très stable dans l’atmosphère, ce gaz a une contribution à l’effet de serre 296 fois supérieure à celle du CO² . Selon le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC) seul 1% environ de l’azote déversé dans l’environnement est oxydé sous forme de N²O. Sur la foi de cette estimation : les agrocarburants ont un impact bien moindre sur le réchauffement que les carburants classiques. Ce taux serait 3 à 5 fois plus élevé pour Paul Crutzen (Max- Planck-Institut für Chemie, Mainz, Allemagne)  , prix Nobel de chimie en 1995 pour ses travaux sur la dégradation de la couche d’ozone stratosphérique que les estimations de la GIEC. Dès lors la contribution de la majorité des agrocarburants au réchauffement pourrait être plus forte encore que celle des combustibles fossiles. Selon lui, ce même coefficient est compris entre 1.3 et 2.1 pour le bioéthanol issu du blé et entre 0.9 et 1.5 pour celui issu du maïs. La seule culture dont l’utilisation sous forme de combustible est bénéfique au regard du changement climatique est la canne à sucre dont le coefficient est toujours inférieur à 1 (compris entre 0.5 et 0.9). 

Egalement les résultats sur leur consommations en énergie fossile varient fortement selon les hypothèses retenues, notamment sur l’usage des sous-produits : les produits agricoles sont en effet pressés et les résidus obtenus peuvent être utilisés pour nourrir les animaux d’élevage. Selon une équipe de l’Inra, qui présentait ses conclusions en avril dernier à un colloque à Saint Louis, dans le Missouri, « la plupart des études concluent que la production européenne de bioéthanol a un bilan énergétique plutôt faible, avec un ration de 1,3 d’énergie produite pour une unité consommée, que ce soit pour les betteraves à sucre ou pour le blé, ce ratio est même inférieur pour le maïs ». Ce qui implique qu’on ne réduit les émissions de gaz à effet de serre que d’un quart environ en utilisant un tel carburants. Pour les biodiesels, le bilan est nettement « plus favorable que pour l’éthanol, avec entre 2,5 et 3 unités de carburant fossile économisées pour une consommée », autrement dit, une réduction d’émissions de CO² de l’ordre des deux tiers. Ces ratios impliquent des coûts de la tonne de CO² évités qui oscillent entre 100 et 700 euro selon les hypothèses retenues.

Les seuls véritables espoirs pour le développement des agrocarburants dans les zones tempérées reposent sur de nouveaux procédés dits « cellulosiques ». Ils devraient permettre de transformer l’ensemble d’une plante, et non plus seulement ses graines, en éthanol. On devrait ainsi pouvoir diversifier les sources de matières premières, en y intégrant des déchets végétaux, des taillis à courte rotation, ainsi que des cultures spécifiques qui auraient des rendements à l’hectare deux ou trois fois plus importants que le maïs. Mais ces procédés ne sont pas encore mûrs industriellement et leurs coûts restent très élevés pour l’instant : entre 0,65 et 1 euro le litre d’éthanol « cellulosique » en 2006.

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