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Archive de la catégorie ‘V) Des Problèmes montrés du doigt…’

Un bilan énergétique controversé…

Mardi 5 février 2008

Ces agrocarburants prônées par de nombreux pays devraient contribuer à limiter les émissions polluantes dans l’atmosphère. Cependant leur bilan énergétique est très controversé. 

Ainsi, les pollutions atmosphériques sont réduites en particulier en ce qui concerne les émissions d’Oxydes d’azote (NOx). Egalement les agrocarburants ne relâchent, lors de la combustion, que le carbone atmosphérique auparavant fixé à la plante par photosynthèse. Le carbone pompé est réinjecté dans l’atmosphère : le bilan carbone de la combustion proprement dite est nul. L’azote répandu est dégradé par les plantes et la flore bactérienne des sols sous forme d’un gaz, le protoxyde d’azote (N²O, oxyde nitreux). Très stable dans l’atmosphère, ce gaz a une contribution à l’effet de serre 296 fois supérieure à celle du CO² . Selon le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC) seul 1% environ de l’azote déversé dans l’environnement est oxydé sous forme de N²O. Sur la foi de cette estimation : les agrocarburants ont un impact bien moindre sur le réchauffement que les carburants classiques. Ce taux serait 3 à 5 fois plus élevé pour Paul Crutzen (Max- Planck-Institut für Chemie, Mainz, Allemagne)  , prix Nobel de chimie en 1995 pour ses travaux sur la dégradation de la couche d’ozone stratosphérique que les estimations de la GIEC. Dès lors la contribution de la majorité des agrocarburants au réchauffement pourrait être plus forte encore que celle des combustibles fossiles. Selon lui, ce même coefficient est compris entre 1.3 et 2.1 pour le bioéthanol issu du blé et entre 0.9 et 1.5 pour celui issu du maïs. La seule culture dont l’utilisation sous forme de combustible est bénéfique au regard du changement climatique est la canne à sucre dont le coefficient est toujours inférieur à 1 (compris entre 0.5 et 0.9). 

Egalement les résultats sur leur consommations en énergie fossile varient fortement selon les hypothèses retenues, notamment sur l’usage des sous-produits : les produits agricoles sont en effet pressés et les résidus obtenus peuvent être utilisés pour nourrir les animaux d’élevage. Selon une équipe de l’Inra, qui présentait ses conclusions en avril dernier à un colloque à Saint Louis, dans le Missouri, « la plupart des études concluent que la production européenne de bioéthanol a un bilan énergétique plutôt faible, avec un ration de 1,3 d’énergie produite pour une unité consommée, que ce soit pour les betteraves à sucre ou pour le blé, ce ratio est même inférieur pour le maïs ». Ce qui implique qu’on ne réduit les émissions de gaz à effet de serre que d’un quart environ en utilisant un tel carburants. Pour les biodiesels, le bilan est nettement « plus favorable que pour l’éthanol, avec entre 2,5 et 3 unités de carburant fossile économisées pour une consommée », autrement dit, une réduction d’émissions de CO² de l’ordre des deux tiers. Ces ratios impliquent des coûts de la tonne de CO² évités qui oscillent entre 100 et 700 euro selon les hypothèses retenues.

Les seuls véritables espoirs pour le développement des agrocarburants dans les zones tempérées reposent sur de nouveaux procédés dits « cellulosiques ». Ils devraient permettre de transformer l’ensemble d’une plante, et non plus seulement ses graines, en éthanol. On devrait ainsi pouvoir diversifier les sources de matières premières, en y intégrant des déchets végétaux, des taillis à courte rotation, ainsi que des cultures spécifiques qui auraient des rendements à l’hectare deux ou trois fois plus importants que le maïs. Mais ces procédés ne sont pas encore mûrs industriellement et leurs coûts restent très élevés pour l’instant : entre 0,65 et 1 euro le litre d’éthanol « cellulosique » en 2006.

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Des écarts importants de rendements et de coûts

Mardi 5 février 2008

Le développement de la production d’agrocarburants a du sens au Brésil, contrairement à l’Europe et aux Etats-Unis.

La fabrication d’éthanol à base de canne à sucre est en effet déjà économiquement rentable sans subvention : son prix de revient se situe entre 0,20 et 0,25 euro le litre. Alors que le  prix de revient de l’essence est de 0,32 le litre quand le baril de brut est à 60 dollars. De plus, cette éthanol fournit huit fois plus d’énergie qu’il n’en requiert pour être produit. Son utilisation entraîne donc une réduction d’environ 80 % des émissions de CO². Le développement de sa production est envisageable sur l’immense territoire brésilien sans pour autant sacrifier la forêt amazonienne. Bien que la faiblesse de l’Etat brésilien ne permettre pas vraiment de garantir qu’un tel développement serait effectivement maîtrisé sur le plan environnemental et social.

En revanche, les agrocarburants restent assez chers en Europe et aux Etats Unis : entre 0,35 et 0,50 le litre pour l’éthanol à base de maïs et de 0,40 à 0,65 pour celui fabriqué à partir de céréales en Europe. Ils nécessitent donc des subventions publiques tant que le pétrole ne dépasse pas nettement les 70 dollars le baril.

Surtout, les rendements sont mauvais :

un hectare de canne à sucre fournit 6 000 litres d’éthanol,

mais un hectare de betterave à sucre n’en fournit que 5 000.

Quant au maïs, la matière première privilégiée aux Etats-Unis pour la production d’éthanol, et au blé, utilisé en Europe, c’est bien pire encore :

un hectare de maïs n’est capable de donner que 3 000 litres et

un hectare de blé 2 500 litres.

Et les rendements sont plus faibles encore pour les agrodiesel :

un hectare de palmiers fournit 4 500 litres d’huile,

mais un hectare de colza n’en produit qu’un peu plus de 1 000 et

un hectare de tournesol un peu moins.

Pour produire 10 % de leur consommation en 2020, les USA devraient mobiliser 43 % de leur surface agricole et l’Europe 38 %, selon l’AIE, alors que les terres en jachère ne représentent que 7 % de la surface de l’Union.

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La Hausse probable des cours des céréales

Mardi 5 février 2008

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Les agrocarburants ne représentent encore que 2 % de la consommation mondiale, mais la concurrence vis-à-vis des usages alimentaires suffit déjà à pousser les prix alimentaires vers les sommets. De telles hausses, si elles étaient progressives et maîtrisées, n’auraient pas cependant d’effets négatifs : elles peuvent en effet contribuer à éliminer les subventions en direction des agriculteurs des pays riches via la politique agricole commune européenne ou le Farm bill américain. Et les problèmes politiques liés à ces subventions au niveau de l’Organisation mondiales du Commerce (OMC). Elles peuvent aussi bénéficier aux pays du Sud, qui n’ont cessé de voir les prix agricoles chuter depuis le milieu des années 70 : l’indice des prix agricoles mondiaux, qui se situait à 155 en 1977, était tombé à 94 en 2002. Et les « termes de l’échange », comme disent les spécialistes, c’est à dire l’évolution comparée des prix agricoles et des prix des produits manufacturés exportés par les pays développés, se sont dégradés encore plus : le pouvoir d’achat dégagé par les produits agricoles des pays en développement a été divisé par trois en trente ans. Cette chute a beaucoup contribué à enfoncer de nombreux pays du Sud, notamment sur le plan de leur dette extérieure. Le développement des agrocarburants devraient inverser ce mouvement. C’est l’argument qu’oppose Lula, le président brésilien, à Fidel Castro, dont il en partage pas les critiques. Il espère bien au contraire que le « pétrole vert » deviendra un des principaux moteurs de l’économie brésilienne. Il a d’ailleurs signé en mars dernier un accord avec George Bush à ce sujet, dans le but de développer un véritable marché mondial de l’éthanol, notamment sur le plan des normes techniques. 

En attendant, « la compétition pour les céréales entre les 800 millions d’automobilistes qui veulent maintenir leur mobilité les 2 milliards d’humains les plus pauvres qui cherchent simplement à survivre est en train d’atteindre un point critique. La hausse des prix alimentaires pourrait conduire à des émeutes urbaines de la faim dans de nombreux pays à bas revenus comme l’Indonésie, l’Egypte, l’Algérie, le Nigeria ou le Mexique », prévient Lester Brown.

Principale force de rappel, si les prix agricoles continuaient d’exploser et que ceux du pétrole se maintenaient, la rentabilité du secteur des agrocarburants, forte actuellement, en prendrait aussi un coup. Et la bulle spéculative qui s’est formée pourrait bien se dégonfler rapidement, investisseurs comme pouvoirs publics réajustant leurs ambitions à la baisse. Le rapport de septembre 2007 de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques (OCDE) estime que « la transformation des terres pour la production d’énergie à partir de la biomasse poussera les prix alimentaires vers le haut ». Progression globale de 20% à 50% des cours dans la prochaine décennie. De tels effets sont déjà sensibles au Mexique où les cours du maïs – base de l’alimentation traditionnelle mexicaine – flambe depuis un an. A Haïti, le cours des céréales flambent tellement qu’une partie de la population est contrainte à manger des gâteaux d’argiles.

Image de prévisualisation YouTube C’est en créole, désolé mais les images parlent d’elles même…

Désordre écologique

Mardi 5 février 2008

La reconversion des terres pour y cultiver des agrocarburants est parfois responsable d’émissions massives de carbone dans l’atmosphère. Dans les pays tropicaux, le défrichage par le feu conduit à l’émission de grandes quantités de CO² et à une augmentation de la pollution atmosphérique et à une diminution de la biodiversité. L’OCDE souligne les risques d’érosion de la biodiversité lors du remplacement « d’écosystèmes, comme les forêts, les zones humides et les pâturages » par « des cultures destinées aux agrocarburants ». De plus, ce système de défrichage permet aux groupes huiliers de faire des économies en pesticide, car le fait de brûler la forêt permet de transformer le sol, qui est acide, en vase, qui est un très bon pesticide. 

Ainsi l’Indonésie et la Malaisie sont, à elles seules, à l’origine de plus de 80 % de la production mondiale d’huile de palme. La forêt de Sumatra, un des poumons de notre planète, est actuellement soumise à des déforestations massives pratiquées par des grands groupes producteur d’huile de palme comme Dutapalma. Ainsi  87 % de la déforestation est imputable à l’installation de monocultures de palmiers à huile. Sur des milliers d’hectares, la forêt est rasé, brûlé, remplacé par des palmiers dont l’huile va servir pour la production des agrocarburants. La biodiversité est en danger, les orangs-outans et les tigres sont menacés d’extinction à cause de la disparition de leur habitat naturel. 

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Le contraste marqué entre la forêt pluviale vierge d’Indonésie et le territoire dégagé pour faire place aux plantations destinées à la production d’huile de palme.

La demande d’huile de palme a été multipliée par six depuis le milieu des années 80. Selon la FAO, les importations d’huile de palme en Europe ont été multipliées par deux entre 2000 et 2006. Pour répondre à ce nouveau marché, les prévisions font état d’un doublement des superficies de plantations d’huile de palme en Indonésie et Malaisie au cours de la prochaine décennie : de 10-11 millions d’hectares à 18-22 millions d’hectares.

Ce qui n’annonce rien de bon pour la préservation de la faune et de la flore encore existantes sur notre planète. Triste